Comme tous ceux qui visitent mon blog le savent déjà
Les mouvement religieux ( et dangeureux) n'arrêtent pas de grandir hélas.
Aujourd'hui: Anthroposophie...
Apparue au passage du XIXe au XXe siècle, l’anthroposophie, également appelée science de l'esprit par son fondateur Rudolf Steiner, est une tentative d'étudier, d'éprouver et de décrire des phénomènes spirituels avec la même précision et clarté avec lesquelles la science étudie et décrit le monde physique.
Steiner postule que l'observation et le penser sont les deux piliers de toute connaissance et propose, par une intensification de l'activité du percevoir et du penser, de faire l'expérience de l'essence du penser, qui est appelé le penser pur. De ce dernier, l'homme doit pouvoir tirer le motif de ses actions et agir alors librement. C'est ce que Rudolf Steiner a appelé « l'individualisme éthique » (voir à ce sujet sa thèse de doctorat de philosophie Vérité et science et son livre Philosophie de la liberté). L'anthroposophie se fonde sur un dépassement des limites de la vision matérialiste de la nature et du monde reposant sur l'aspect physique, en introduisant les niveaux suprasensibles de l'existence : processus vitaux, âme et esprit.
Le développement historique de l'anthroposophie : quatre phases
1902-1909: la consolidation de l'anthroposophie comme science spirituelle devant se justifier devant la science de son temps. À noter qu'à cette époque, il n'est pas encore question d'anthroposophie. Steiner œuvre encore au sein de la Société théosophique. C'est le 22 septembre 1900 qu'il est sollicité, par un groupe local de la Société théosophique allemande, pour une conférence sur Nietzsche qui vient à peine de décéder (25 août 1900). Il y donnera ensuite le 29 septembre une conférence sur Goethe. Rudolf Steiner était connu à l'époque comme un grand connaisseur et défenseur de l'œuvre de Nietzsche, ainsi qu'en tant que spécialiste de l'œuvre de Goethe. Par la suite il donnera de plus en plus de conférences au sein de la Société théosophique. Steiner accepta de devenir membre de la Société théosophique le 17 janvier 1902 et fut nommé Secrétaire général de la nouvelle section allemande de la Société théosophique le 19 octobre 1902.
1910-1919: L'anthroposophie s'exprimant à travers les arts est source de nouvelles impulsions artistiques.
En réalité, cette phase débute déjà dès 1907, avec la représentation à Munich d'œuvres dramatiques (en 1907, Les Mystères d'Eleusis et plus tard en 1909 Les Enfants de Lucifer, d'Édouard Schuré). Furent aussi représentés à Munich les 4 Drames-Mystères de Steiner, en 1910 La Porte de l'initiation, en 1911, l'Epreuve de l'âme, en 1912 Le Gardien du Seuil, en 1913 L'Éveil des âmes. C'est surtout Marie de Sivers qui rendit possible ces représentations, non seulement par ses traductions des œuvres de Schuré, mais de par sa formation. En effet, quand, en 1902, elle découvrit la théosophie, elle venait de terminer des études de comédienne à Saint-Pétersbourg et à Paris. Le travail artistique durera jusqu'en 1913 à Munich. Des artistes, comme les peintres russes Wassily Kandinsky et Alexei Jawlensky, l'écrivain russe Andreï Biély et le poète Christian Morgenstern assistèrent à des conférences et à des spectacles au cours de ces années.
Les premiers pas de l'eurythmie sont faits dès 1912, mais c'est sous l'impulsion de Marie de Sivers qu'elle prit son essor et se développa. Steiner donna de nombreux cours aux artistes, notamment sur l'eurythmie, sur l'art de la parole et sur l'art dramatique.
Les débuts du premier Goetheanum
Steiner avait le projet de faire construire à Munich un édifice qui aurait été un lieu de spectacle et un centre pour l'activité anthroposophique appelé le « Johannes-Bau ». Après quelques tentatives, le projet échoua. Une opportunité se présenta à Dornach et c'est là que démarra, en septembre 1913, la construction du « Johannes-Bau », lequel fut ensuite rebaptisé « Goetheanum ». Des ouvriers, des architectes, des sculpteurs et peintres de diverses nationalités y travaillèrent ensemble suivant les directives de Steiner. Steiner sculpta le « Représentant de l'humanité », une énorme statue en bois d'orme qui devait figurer à l'arrière-plan de la scène, à l'est de l'édifice.
L'inévitable rupture
À l'Assemblée générale de 1909 à Adyar, les responsables de la Société théosophique, Annie Besant et C.W. Leadbeater, déclarèrent que Alcyone, le futur Jiddu Krishnamurti, alors âgé de 13 ans, était le porteur du Christ réincarné. Quand les Théosophes constituèrent l'Ordre de l'Etoile d'Orient (Order of the Star of the East), une organisation dont le futur Krishnamurti devait prendre la tête à sa majorité, la rupture avec la Société théosophique devint inévitable. De fait, cette affirmation allait à l'encontre de l'enseignement de Steiner qui affirmait que l'incarnation du Christ dans un corps humain était un événement unique dans l'histoire de l'humanité. Steiner s'étendit longuement sur les raisons de ce dernier fait dans ses enseignements. De plus, la propagande faite autour d'Alcyone risquait fort de perturber le développement de la Section allemande et de compliquer ses rapports avec les pouvoirs publics, car l'Empire allemand vivait sous le régime de non-séparation de l'Église et de l'État. Le 8 décembre 1912, le comité de la Section allemande déclara par conséquent que l'appartenance à l'ordre de l'Etoile d'Orient était incompatible avec la qualité de membre de la Section allemande et pria les membres de l'ordre de se conformer à cette décision sous peine d'exclusion. Par ailleurs, le comité demanda la démission d'Annie Besant. Il en résulta que l'Assemblée annuelle de la Société théosophique qui se tenait à Adyar, à la demande d'Annie Besant, fit dissoudre la Section allemande, dissolution qui ne devint effective que le 7 mars 1913. Steiner et les membres dissidents, en quelque sorte exclus, fondèrent la Société Anthroposophique Universelle le 3 février 1913, au sein de laquelle Steiner n'exercerait aucune fonction administrative. La plupart des membres allemands de la Société théosophique suivirent Steiner dans son entreprise. En 1913, c'est 55 des 65 loges théosophiques allemandes qui rejoignirent la Société anthroposophique.
1919-1924 : durant cette période diverses initiatives voient le jour:
- Le mouvement pour la triarticulation de l'organisme social, malgré plusieurs tentatives, fut un échec. Cependant l'impulsion qui a été donnée à l'époque est encore vivante de nos jours et cherche à se frayer un chemin. Steiner exposa ses vues concernant l'organisation de la société et l'économie sociale dans quelques cycles de conférences entre 1918 et 1924.
- La première école Waldorf, appliquant la pédagogie de Steiner, vit le jour en 1919 à Stuttgart. Initialement c'était une école d'entreprise pour les enfants des ouvriers de la fabrique de cigarettes Waldorf-Astoria dont le directeur était Emil Molt (1876-1936). Les écoles Waldorf sont aussi appelées Écoles Steiner. De 1919 à 1924 Steiner donna 15 cycles de conférences, développant les bases d'une pédagogie issue de la connaissance spirituelle de l'être humain. Les écoles Waldorf n'enseignent cependant pas l'anthroposophie. Le maître agit simplement en puisant son art d'enseigner dans l'anthroposophie et dans la conception de l'homme qu'elle propose.
- La Communauté des Chrétiens prit naissance dès 1922 à Dornach. Soucieux de rénover la religion chrétienne, de jeunes théologiens s'adressèrent au pasteur protestant Friedrich Rittelmeyer (1872-1938). Rittelmeyer était membre de la Société anthroposophique à Berlin. Il s'adressa à Rudolf Steiner pour lui demander conseil sur la manière de rénover l'église chrétienne. Steiner accéda à cette demande et organisa deux cours à l'intention de ces théologiens à Stuttgart et à Dornach. Rittelmeyer devint le premier recteur de ce « mouvement de rénovation religieuse » dont le centre s'établit à Stuttgart. La Communauté des Chrétiens, bien que reprenant les enseignements anthroposophiques, est indépendante de la Société anthroposophique.
- La médecine, dite médecine anthroposophique, s'est développée suite à des cycles de conférences données à une trentaine de médecins à leur demande. Une introduction systématique à cette orientation médicale fut rédigée dans un ouvrage que Rudolf Steiner écrivit avec Ita Wegman, médecin hollandais (1876-1943), dont le titre est Données de base pour un élargissement de l'art de guérir selon les connaissances de la science spirituelle. Par la suite Ita Wegman fonda en 1921, à Arlesheim, près de Bâle, en Suisse, la première clinique anthroposophique, appelée actuellement « Ita Wegman Klinik ». La médecine anthroposophique est une médecine alternative utilisant l'homéopathie et la phytothérapie notamment, mais d'une manière qui lui est propre. C'est surtout une médecine holistique, c'est-à-dire qu'elle prend en compte l'être humain dans sa globalité. La médecine anthroposophique n'exclut pas des thérapies complémentaires, ni la médecine classique quand elle est nécessaire. Elle est exclusivement pratiquée par des médecins.
- L'agriculture biodynamique a pris naissance en Allemagne, à la demande d'agriculteurs. Rudolf Steiner donna un seul cycle de 8 conférences sur le sujet en juin 1924 à Koberwitz (Silésie). Par la suite ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui ont expérimenté et développé la méthode, qui est une excellente méthode d'agriculture biologique. Elle est actuellement pratiquée dans de nombreux domaines agricoles dans presque tous les pays du monde. Les produits cultivés selon cette méthode peuvent recevoir le label « Demeter » délivré en France par l'association Demeter France.
- D'autres initiatives prirent naissance bien plus tard. Par exemple le Mouvement Camphill, que le Dr Karl König (1902-1966) fonda en Écosse en 1939. Le Mouvement Camphill organisa des écoles pour enfants retardés, et plus tard des communautés villageoises pour des adultes retardés et handicapés. Ces écoles s'étendirent de la Grande-Bretagne à d'autres pays dans le monde entier, y compris la France et la Suisse. À travers le Mouvement Camphill, le Dr König a exploré plusieurs approches modernes des problèmes pédagogiques.
- Afin de mettre un terme aux dissensions entre les groupes de membres, Steiner éprouva le besoin de réorganiser la Société anthroposophique. Il fonda donc une nouvelle société: la « Société anthroposophique universelle » lors du Congrès de Noël de 1923. Durant la guerre 1914-1918, les activités de l'école ésotérique avaient été suspendues pour des raisons de sécurité. L'« Université libre de science de L'esprit » fut dès lors également fondée en tant que nouvelle forme de cette ancienne école ésotérique. Steiner constitua un comité de direction (Vorstand) dont il prit la présidence. Dans la société précédente, Steiner n'avait aucune fonction administrative, se considérant uniquement comme instructeur ; dans la nouvelle, il assumera également la présidence du Vorstand et de l'Université.
- A la suite de l'incendie criminel qui détruisit complètement le premier Goethéanum dans la nuit de la Saint-Sylvestre 1922-23 ainsi que d'inestimables archives, Steiner modela une maquette en argile du futur Goethéanum qui cette fois serait construit en béton.
- A cette époque, peu de temps avant sa mort, Steiner déploya une très grande activité malgré une santé de plus en plus précaire. Il donna notamment de nombreux cycles de conférences sur la réincarnation et le karma, sujet qui lui tenait à cœur depuis longtemps. À plusieurs reprises, il dut écourter ou remettre des conférences au dernier moment. La maladie eut finalement raison de lui, et il décéda le 30 mars 1925, alors que les fondations du nouveau Goethéanum étaient à peine achevées.
- Steiner laissa derrière lui une somme considérable d'enseignements. Au total, Steiner écrivit environ 30 livres et donna plus de 6000 conférences, dont une partie furent recueillies et publiées. Si on compte ses œuvres écrites, les recueils d'articles écrits dans des revues et des journaux ainsi que les conférences publiques et privées, l'édition allemande comprend environ 370 volumes. La plupart des œuvres écrites ont été traduites en français, ainsi qu'environ 2200 conférences à ce jour (2006).
- La mort de Steiner ne signifia pas la fin des dissensions dans la Société anthroposophique. Elles reprirent de plus belle, conduisant même à l'existence de deux sociétés après l'exclusion d'Ita Wegman et d'Elisabeth Vreede (1879-1943) en 1934. L'impensable arriva même avec l'exclusion en 1945 de Marie Steiner. Marie Steiner étant l'héritière légale de son époux, elle mit en chantier l'édition intégrale des œuvres anthroposophiques. À ce jour pratiquement toute l'œuvre, y compris les documents de l'école ésotérique, a été publiée en langue allemande du moins. Elle est d'ailleurs tombée depuis peu dans le domaine public.
- Durant le régime nazi, les écoles Waldorf et les institutions liées à l'anthroposophie furent interdites durant 10 ans en Allemagne. Elles furent toutefois recréées en grand nombre dans l'après-guerre, de même que dans de nombreux pays.
Qu'est-ce que l'anthroposophie?
Citons d'abord Steiner lui-même:
- « L'anthroposophie est un chemin de connaissance qui voudrait conduire l'esprit qui vit en l'être humain vers l'esprit qui vit dans l'univers. Elle apparaît en l'être humain comme un besoin du cœur et du sentiment. Elle doit se justifier en apportant une satisfaction à ce besoin. On ne peut adhérer à l'anthroposophie que si l'on trouve en elle ce que, du plus profond de soi-même, on se sentait porté à rechercher. Ne peuvent donc être véritablement anthroposophes que ceux qui ressentent la nécessité vitale de certaines connaissances touchant l'essence de l'homme et de l'univers comme on ressent la nécessité vitale de la soif et de la faim. » (Rudolf Steiner in Les Lignes Directrices de l'anthroposophie, 1924 - GA 26).
L'anthroposophie est à la fois un chemin spirituel et une conception du monde développée par les connaissances que l'on peut acquérir en parcourant ce chemin. Cette conception du monde est à la fois anthropocentrique et christocentrique, ce qui signifie à peu près la même chose, l'être humain étant un Christ en devenir. Les sciences de la matière acquièrent des connaissances sur l'homme et sur le monde uniquement par l'intermédiaire des perceptions sensorielles et de leurs éventuels prolongements que sont les appareils de mesure et d'amplification.
L'anthroposophie ne s'arrête pas à la barrière des sens et de l'intellect ordinaires, mais elle développe en l'homme les forces nécessaires pour appréhender ce qui vit au-delà des sens. C'est en aiguisant ses propres facultés et en accroissant l'intensité de ses forces de conscience à travers la pensée, le sentiment et la volonté, par des exercices appropriés, que le disciple doit parvenir progressivement à percevoir les mondes sous-jacents au monde physique: monde éthérique ou monde des forces formatrices, monde psychique ou astral, monde spirituel. L'épistémologie kantienne, imposant des limites à la connaissance, est de la sorte surmontée. Pour Kant, l'homme ne peut pas connaître ce qui est au-delà des perceptions sensorielles. Pour l'anthroposophie, l'homme peut développer en lui les facultés qui lui permettent de dépasser cette limite.
Sur ce chemin la connaissance de soi et le développement des forces morales sont indispensables. Toute déviation morale conduirait à des perceptions spirituelles erronées.
- « La règle d'or est celle-ci : Quand tu tentes de faire un pas en avant dans la connaissance des vérités occultes, avance en même temps de trois pas dans le perfectionnement vers le bien de ton caractère. » (Rudolf Steiner in Comment parvient-on à des connaissances des mondes supérieurs?, 1904/1905 - GA 10)
Pour la conception anthroposophique du monde, l'être humain existe en puissance depuis le début de l'évolution de notre univers. On peut dire que cette conception correspond au principe anthropique fort (= "cet univers a été conçu spécialement pour que nous y fussions placés"). L'Adam-kadmon, l'archétype originel de l'être humain en descendant dans la matière, a rejeté hors de lui les autres règnes de la nature, ce qui explique la parenté des processus agissant dans la nature avec ceux qui existent dans l'être humain. L'être humain évolue vers la perfection à travers les réincarnations, guidé par les « anges » du karma. Pour l'anthroposophie, le plan divin de l'évolution de la dixième hiérarchie, l'humanité est sous la tutelle des hiérarchies créatrices, exactement celles qui sont citées par « Denys l'Aréopagite » dans son traité « De la Hiérarchie céleste ».
Il faut encore faire remarquer que l'entité christique, le Logos ou Verbe, joue un rôle central dans la cosmogonie steinérienne ; toutefois l'anthroposophie n'est pas elle-même une religion.
En se basant sur les résultats de l'investigation spirituelle, l'anthroposophie propose des méthodes pratiques en harmonie avec la nature profonde de l'homme dans tous les domaines de l'existence : éducation, médecine, thérapie artistique, pharmacie, agriculture, économie, vie sociale, arts, etc.
Dans ses œuvres philosophiques que sont « Vérité et science » et « Philosophie de la Liberté », Rudolf Steiner a tenté de donner la justification théorique de la démarche anthroposophique.
L'origine du terme anthroposophie
Le mot anthroposophie n'est pas un néologisme créé par Steiner. On en trouve déjà des traces au XVIe siècle chez un auteur anonyme. Puis chez Thomas Vaughan en 1650 avec un livre portant pour titre : Anthroposophia Magica. On le trouve ensuite utilisé chez Troxler (1780-1866) en 1806, chez Immanuel Hermann Fichte en 1856, chez Gideon Spicker (1872-1920) en 1872, chez le philosophe viennois Robert Zimmermann (1824-1898) en 1882. C'est à ce dernier que Steiner doit ce terme.
Voici ce que Steiner en dit:
- « Anthroposophie n'est pas un nom nouveau. Il y a quelques années alors qu'il s'agissait de donner un nom à notre cause, je me suis souvenu d'un nom qui m'était devenu cher parce qu'un professeur de philosophie, Robert Zimmerman dont j'avais suivi les conférences, avait intitulé son ouvrage principal Anthroposophie. C'était dans les années quatre-vingt du XIXe siècle et même avant. De toute façon le terme « anthroposophie » remonte à bien plus loin dans la littérature. Il était déjà utilisé au XVIIIe siècle et même avant. Le nom est donc ancien ; nous nous en servons pour quelque chose de nouveau. Pour nous ce nom ne doit pas seulement signifier connaissance de l'homme. C'est l'intention expresse de ceux qui ont choisi ce nom. Notre science elle-même nous amène à la conviction qu'à l'intérieur de l'homme sensoriel existe un homme spirituel, un homme intérieur, en quelque sorte un deuxième homme.
- Alors que ce que l'homme peut savoir du monde grâce à ses sens et à l'intelligence qui s'en tient à l'observation sensorielle, peut être appelé « anthropologie », ce que l'homme intérieur, l'homme spirituel, est en mesure de savoir peut être appelé « anthroposophie » (in La démarche de l'investigation spirituelle, Philosophie et Anthroposophie, GA 35, Ed. Anthroposophiques Romandes, Conférence faite à Berlin en janvier 1916).
L'anthroposophie en tant que chemin de développement spirituel
De même que pour percevoir le monde matériel, il nous faut des organes des sens constitués de matière, pour percevoir les mondes suprasensibles, nous avons besoin d'organes suprasensibles constitués de substances suprasensibles. Ces organes existent en germe chez tous les êtres humains, mais ils sont endormis à notre époque. La moitié de chacun de ces organes ou "chakras" était active autrefois quand les êtres humains disposaient d'une clairvoyance instinctive, nébuleuse et peu consciente des mondes spirituels. Cette moitié cependant est en quelque sorte anesthésiée par les nécessités de l'évolution. En effet, il fallait, selon Steiner, que l'être humain perde provisoirement la conscience des mondes spirituels afin de développer la conscience de soi. Autrefois, dit-il, la conscience de soi n'était pas aussi aiguë que de nos jours. Elle s'est développée progressivement à partir d'une sorte de conscience collective englobant des groupes d'individus, voire des peuples, et même l'humanité dans les premiers temps. Seul les médiums et les gens peu intellectualisés ont encore des chakras percevant selon le mode ancien. L'autre moitié n'est encore que peu ou pas développée chez les humains de notre époque. Cependant par un travail sur soi au moyen d'exercices appropriés ces organes de perception peuvent être développés et activés. À la différence du passé, ces organes sont mis en action par le moi et la clairvoyance obtenue est pleinement consciente et objective. Dans un premier stade de développement les chakras se mettent à rayonner dans la lumière astrale, ils s'éclairent; il ne se mettront à tourner que plus tard, c'est alors que la perception spirituelle sera effective. Dans la clairvoyance ancienne et chez les médiums, les roues tournent dans le sens lévogyre tandis que chez le clairvoyant correctement développé, elles tournent dans le sens dextrogyre. Les pétales sont des courants de forces servant à la perception.
Conformément à la tradition ésotérique, Steiner distingue 7 chakras, qu'on appelle aussi Roues ou fleurs de lotus.
Homme et femme
Par nature, l’homme est plus incrusté dans la matière ; il est mené par le cerveau et l’intellect, qui permettent de saisir le monde matériel. À l’inverse, la femme est moins profondément incarnée et reste comme en suspend dans sa psyché par rapport au corps. Elle est plus près de l’intériorité de sa psyché, de l’âme, de son monde intérieur, de ses fantasmes. Parce que la femme est plus près de son ressenti, elle intériorise profondément ses expériences et celles-ci s'incrustent profondément en elle. Ces expériences de femme, étant profondément intériorisées, se manifesteront matériellement dans sa vie future et deviendront la cause karmique d’une incarnation masculine, plus incrustée dans la matière. À l’inverse, parce que l’homme vit plutôt au niveau de l’intellect et du cerveau et parce qu’il intériorise moins ses expériences, celles-ci ne le transforment que très peu et de façon superficielle. Étant donné que ses expériences n’ont pas été profondément intériorisées et incrustées en lui, sa vie d’homme sera la cause d’une réincarnation en femme, moins incrustée dans la matière, plus en retrait par rapport au matériel. Une incarnation féminine est donc le fruit karmique d’une incarnation masculine et vice versa.
L’être humain étant très diversifié, la durée-type d’une incarnation à tous les 1080 ans varie beaucoup. Elle peut même se réduire à 500 ans ou presque, surtout aujourd’hui, en période de matérialisme épidémique (Steiner, 1912). Les individus matérialistes, attachés à leur animalité et à l’intellectualité, peinent à évoluer dans les mondes supérieurs et reviennent trop rapidement vers leur prochaine incarnation. Steiner (1912 : 191-192) en donne des descriptions à donner froid dans le dos : les immoraux et les paresseux, une fois décédés, sont incapables de s’orienter eux-mêmes dans les mondes supérieurs et deviennent la proie d'Ahriman, qui les utilise comme esprits élémentaux ahrimaniens, comme forces de destructions, notamment sous la forme de maladies endémiques (bacille, peste, virus) ou d’obsessions poussant des vivants particulièrement immoraux vers le meurtre d’enfants ou de jeunes adultes. Toutefois, les forces de croissance de la jeune personne, qui n’ont pu s’épuiser en raison de son décès précoce, deviennent des puissances spirituelles positives, compensant ainsi l’accroissement du nombre de défunts qui deviennent les instruments d’Ahriman (Steiner, 1912 : 193).
Peu de temps avant la renaissance, l’individu voit le précieux germe de son corps physique lui glisser entre les doigts et filer vers le ventre de la future mère. Profondément attristé, il s’enrobe de substance éthérique prise à même la substance éthérique du cosmos. Il vit dès lors dans l’éthérique et y retrouve le Christ et, à son service, Michaël, qui lui montrent le karma de sa vie (Steiner, 1912). Le choc peut parfois être si grand que l’individu ne s’en remettra pas et passera sa vie à nier son destin et à se fuir soi-même. Après la troisième semaine de développement fœtal, le Moi entre dans le processus de formation du corps, lui imprègne sa forme et commence à s’y incarner (Archiati, 1996). En fait, le Moi ne sera complètement incarné dans le corps que vers la vingtaine. Steiner voit dans les mouvements saccadés et brusques de l’enfant, un indice de l’incarnation incomplète du Moi dans le poupon.
Les étapes de redescente vers l’incarnation sont récapitulées après la naissance : le nouveau né vit d’abord en communion indifférenciée avec son environnement et son entourage. Il commence à marcher à s’orienter dans une direction précise, tout comme dans la communion, qui constitue « la forme suprême d’orientation et d’engagement sur une voie » (Archiati, 1996). Ensuite, le poupon écoute les paroles - logos - de ses parents, mais sans comprendre. Il devient ensuite capable de comprendre et de parler, puis, lors de la chute des dents, un changement majeur se produit dans l’enfant : l’énergie de volonté, qui était monopolisée par le développement physique, est tout d’un coup libérée et peut se transformer en force d’imagination, libérant les énergies nécessaires au développement de la pensée (Archiati, 1996). Le stade d’union avec l’éthérique est ainsi répété, car selon Archiati (1996) et Steiner (1910), la pensée est en rapport avec l’éthérique par sa capacité de pénétrer et de comprendre les forces cosmiques, l’éthérique.
Le rapport parlementaire français sur les sectes et l'argent (MILS, France) de 1999, sous la direction de Jacques Guyard, a fait de l'anthroposophie son étude de cas. [4] Le rapport a remis en cause l'anthroposophie. Jacques Guyard, condanmné en première instance pour diffamation, a été relaxé en appel. La Cour d'Appel de Paris a notamment relevé que l'anthroposophie est un mouvement "considéré comme une secte non seulement par la commission d'enquête française, mais aussi par une commission d'enquête belge, un rapport des Renseignements généraux de 1997 et les spécialistes du mouvement sectaire"[5].
En février 2001, le directeur du Figaro a été condamné pour diffamation par le tribunal correctionnel de Paris ". Il a dû verser une amende de 15 000 F, 7 500 F au titre des frais et 1 F de dommages et intérêts. C'est le Mercure fédéral, la fédération des associations médicales anthroposophiques de France, qui a intenté la poursuite à la suite d'un article paru le 13 juin 2000 affirmant que "l'anthroposophie… aurait gagné son procès contre Jacques Guyard, président de la Commission parlementaire d'enquête sur les sectes et l'argent, grâce à l'appui de la scientologie".
Des accusations de racisme ont été formulées contre l'anthroposophie aux Pays-Bas, aux États-Unis, en Allemagne et en France. Selon Paul Ariès c'est le groupe GEMPPI qui est responsable d'avoir débusqué "les croyances et les doctrines racistes de Rudolf Steiner".
Selon Ariès, la MILS considère certaines allégations comme étant "susceptibles d'être interprétées comme racistes et qu'exposées publiquement aujourd'hui, ces opinions pourraient faire l'objet de procédures judiciaires, en vertu des articles 225.1 et suivants du Code pénal français" (voir le rapport de la MILS). Il n'imposerait pas toutefois un racisme biologique mais une vision inégalitaire et hiérarchisée du cosmos.
Quelques anecdotes recueillies par le GEMPPI: "le gouvernement des Pays-Bas a ordonné une enquête judiciaire après qu'un enseignant eût demandé à ses élèves d'écrire dans leur cahier que les gens de race noire ont des lèvres épaisses et qu'ils en sont à une phase de développement infantile". D'autres informations avancées par le GEMPPI affirment que "des élèves auraient été menacés d'expulsion parce qu'ils réclamaient un débat". Aux États-Unis, "une mère d'enfant mulâtre s'est plainte de mesures discriminatoires envers son enfant, qu'on aurait tenté de dissuader de poursuivre ses études en raison de ses antécédents et malgré son niveau".
Aux Pays-Bas, la Société anthroposophique a répliqué en mandatant une commission d'enquête chargée de soupeser les allégations de racisme dans l'œuvre de Steiner. Le 1er avril 2000, après quatre ans de délibérations, un rapport de 720 pages, conçu à partir de 245 citations litigieuses tirées de 89 000 pages. La commission a ainsi conclu que: "l'œuvre ne contient ni doctrine raciale, ni déclarations faites dans le but d'insulter certains groupes de personnes. Elle pose Steiner comme un ennemi de l'antisémitisme et du nationalisme. Il reste toutefois seize déclarations jugées discriminatoires et juridiquement litigieuses. La commission a donc proposé quelques solutions, telles que l'annotation des passages litigieux afin d'éviter le risque de malentendu et recommanda aux écoles Waldorf d'abandonner les stéréotypes raciaux. Au sein de la fédération des écoles Waldorf, un groupe d'experts aurait été mis sur pied afin de veiller à ces corrections.
Quant aux écrits de Steiner, il faut être prudent. Steiner émerge du théosophisme, qui soutient l'existence de "Races-Mères ou Races-Racines" et de "sous-races". Les Races-Racines sont: Hyperboréenne, Lémiurienne, Atlantéenne et Post-Atlantéenne. Nous sommes l'humanité de la Race-Racine Post-Atlantéenne. Durant la civilisation de l'Atlantide, l'être humain aurait généré une pluralité de races, d'abord quatre grandes races (noirs, rouges, jaunes, blancs) ainsi que quelques variantes plus tardives. Steiner a rapidement abandonné l'idée de race pour parler plutôt de "périodes culturelles". La race est une réalité appartenant à l'Atlantide. Depuis le Déluge qui mit fin à l'Atlantide, les races ont perdu leur importance. Notons que Steiner fait correspondre les différentes couleurs de peau (qui correspondent à une physiologie particulière) aux quatre grandes périodes du développement biographique de l'homme: les Noirs seraient l'enfance, les Orientaux l'adolescence, les Blancs l'âge mûr et les amérindiens la vieillesse. Or tous les âges ont leur propre dignité et sont par là de valeur égale. Il serait absurde de poser une hiérarchie entre les périodes de développement biographique. Steiner parle toutefois, et cela pose de sérieux problèmes pour les antiracistes, de races "dégénérées". Or l'hérédité ne s'applique qu'au corps ; l'esprit est d'origine spirituelle, totalement indépendante de l'hérédité. Il demeure que Steiner est d'avis que certaines races sont vouées à l'extinction, parce qu'elles étaient adaptées à une autre période du développement terrestre. Elles seraient donc condamnées à être incapables de s'adapter aux époques à venir et devraient donc disparaître. Ce processus de mort d'une race serait la cause derrière les maladies qui ont ravagé les populations des Indiens d'Amérique. Steiner affirme que dans un lointain futur, l'humanité aura transcendé la race et que celle-ci disparaîtra par elle-même. Les races sont nées et elles mourront. L'esprit humain est libre, en vertu de la réincarnation, de s'incarner dans différentes races. Or un individu trop attaché à la matière, un raciste par exemple, retombe dans son animalité et s'emprisonne dans sa race. Il se réincarnera toujours dans la même ou alors il se réincarnera dans la race qu'il aime haïr. Steiner a dit que lorsqu'on observe un individu d'une autre couleur de peau avec un mépris raciste, on peut être sûr que notre future incarnation sera dans cette race.
Notes et références
Les œuvres de Steiner comportent un numéro GA faisant référence à l'édition complète allemande (Gesamtausgabe)
Abréviations utilisées :
Œuvres écrites
GA 001 : Introduction aux œuvres scientifiques de Goethe. (1884-1887) in Le Traité des Couleurs de Goethe, ET in La métamorphose des plantes, Goethe, ET in Goethe, le Galilée de la science du vivant, EN GA 002 : Une théorie de la connaissance chez Goethe. (1886), EAR GA 003 : Science et Vérité (1892), EAR GA 004 : Philosophie de la Liberté (1894), EAR, EN GA 005 : Friedrich Nietzsche, un homme en lutte contre son temps (1895), EAR GA 006 : Goethe et sa conception du monde (1897), EAR GA 007 : Mystique et Esprit moderne (1901), EAR GA 008 : Le Christianisme et les Mystères antiques (1902), EAR GA 009 : Théosophie (1904), ET, EAR GA 010 : L'Initiation, Comment acquérir des connaissances sur les mondes supérieurs ? (1904/05), ET GA 011 : La Chronique de l'Akasha (1904-1908), EAR GA 012 : Les degrés de la connaissance supérieure (1905-1908), EAR GA 013 : La science de l'Occulte [en esquisse] (1910), EAR, ET GA 014 : Quatre Drames-Mystères (1910-1913), ET GA 015 : Les Guides spirituels de l'homme et de l'humanité (1911) GA 016 : Un chemin vers la connaissance de soi (1912), , EAR GA 017 : Le seuil du monde spirituel (1913), EAR GA 018 : Les énigmes de la Philosophie (1914), EAR GA 019 : Pensées durant le temps de Guerre (1915) - publication privée. GA 020 : Les Enigmes de l'homme (1916) , EAR GA 021 : Des Enigmes de l'âmes (1917), EAR GA 022 : L'esprit de Goethe, sa manifestation dans Faust et dans le Conte du Serpent Vert (1918), EAR GA 023 et 024 : Fondements de l'organisme social (1919 et 1915-1921), EAR GA 025 : idem GA 215, Philosophie, Cosmologie et Religion (1922) GA 026 : Les lignes directrices de l'anthroposophie (1924-1925), EN GA 027 : Données de base pour un élargissement de l'art de guérir, en collaboration avec Ita Wegman (1925), ET GA 028 : Autobiographie (1923-1925), EAR GA 029 à GA 036 ce sont des recueils d'articles publiés dans des revues et journaux. GA 038 et 039 des recueils de lettres GA 040 Recueil d'aphorismes : Paroles de Vérité (traduit partiellement)Conférences
GA 051 à GA 354 : Conférences publiques, privées et cours.