Aujourd'hui je change de thème.
Je vais maintenant vous parler de quelque chose qui m'impressionne: les sectes.
Il y a quelques mois j'ai reçu plusieurs livres provenant la plupart des "Témoins de Jéovah". Ils m'ont même invité à les rejoindre.
Voici la définition du mot "secte":
- Au XIXe siècle, les sociologues Max Weber et Ernst Troeltsch définissent la secte comme un groupement religieux extrémiste, intransigeant et en rupture avec la société. L'Église est alors l'alternative sociale de la religion qui prend sa place au milieu des institutions profanes.
- Bryan Wilson a défini huit critères permettant de reconnaître un tel groupe :
· C'est un groupe auquel on adhère volontairement, sachant que celui-ci se réserve le droit de refuser des candidats.
· Les membres doivent, par l'excellence de leur conduite, mériter leur appartenance au groupe ; celui-ci peut d'ailleurs expulser quiconque transgresse ses règles.
· La secte est exclusive et se considère comme un peuple à part.
· Elle propose à ses adeptes un modèle de perfection personnelle.
· Elle est majoritairement composée de laïcs.
· Elle est en conflit avec l'ensemble de la société dont elle rejette les normes.
· Elle constitue un groupe élistique et réclame une très grande participation de ses membres.
· Elle exerce une très forte emprise sur ses membres et les maintient en dehors du monde.
Elles seraient souvent isolées de la société et s'organiseraient en communautés dans des endroits reculés.
Certains considèrent que cette définition, qui perdura jusqu'à la fin du XXe siècle, est aujourd'hui inadaptée aux changements modernes de sens qu'a pris le mot secte. Les polémiques sur le sujet ne facilitent pas l'accord sur le sens du mot et donc sa définition. Dans ces conditions, la définition sociologique est encore considérée par certains intellectuels comme la meilleure.
Dans cette définition sociologique, la rupture entre la secte et la société est fondamentale. Cette rupture est pratiquement toujours considérée comme un dommage, qui selon les points de vue sera imputée aux membres de la secte ou au contraire à la société. Qui dit dommage dit rétribution, avec là encore des interprétations variables : prévention et juste punition pour les uns, persécution pour les autres. L'affaire peut dégénérer en conflit ouvert et guerre civile.
C'est ainsi que le protestantisme a longtemps été considéré comme une hérésie par l'Église catholique et a entraîné une grande répression de ses membres à la Renaissance, qui débouchera sur de longues guerres en Europe (guerres civiles en France et Allemagne, guerre entre pays de religions différentes) et des massacres, notamment lors de la nuit qui suivit la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572 ou lors de la prise de Magdebourg. Quelques siècles plus tôt, les persécutions de l'Inquisition Église catholique avaient été encore plus fortes contre ce qui était appelé l'hérésie cathare.
Des sociologues de religion ont travaillé sur ce thème, notamment Danièle Hervieu-Léger. Cette dernière a publié un livre (cf. Bibliographie). Après une brève présentation de l’incapacité de la justice à offrir une définition convenable et un historique des politiques gouvernementales de lutte contre les « menaces » sectaires, Hervieu-Léger résume la vision symbolique française du phénomène sectaire : celui-ci serait en fait identifié à une maladie qui attaquerait le corps social. Le rôle de l’État serait de détruire cette maladie et de venir en aide aux victimes. Hervieu-Léger note au passage le rôle des associations antisectes dans l’élaboration de cette vision, en particulier avec le « délit de manipulation mentale ».
Elle présente sous la forme d’un marché de biens symboliques un portrait de la religion (qu'elle définit comme une inscription dans une lignée croyante) et de la spiritualité (bricolage symbolique, au sens de Roger Bastide de manière individuelle).
D'un point de vue étymologique, une secte (du latin secta, dérivé du verbe sequi, qui signifie « suivre », ou, selon certains étymologistes, du latin sectare, qui signifie « couper », par opposition à religion, qui pourrait venir du latin religare, « relier ») désignait soit une sous-branche d'une religion reconnue et bien établie, soit un groupe de personnes qui se regroupent autour d'un maître de pensée. C'est dans ce sens que l'on peut parler de secte pour les groupements issus du bouddhisme, de l'hindouisme, du shintoïsme ou du taoïsme. Mais autant ces religions ont toujours été plus ou moins ouvertes à la dissidence, autant le christianisme, se voulant par nature universel, l'a longtemps combattue : dans les pays catholiques, le terme de secte a donc toujours eu une connotation péjorative.
Certaines grandes religions actuelles furent à l'origine des sectes de religions plus anciennes et déjà bien implantées. Ainsi, le christianisme s'est d'abord développé comme une secte au sein du judaïsme, dont il a repris une partie des enseignements. Néanmoins, ces religions ont acquis au fil du temps un grand nombre d'adeptes et dès lors une reconnaissance officielle importante.
Le mot secte en grec, équivalent de la secta latine est hairesis. Une hérésie est une école de pensée. Le jardin d'Épicure était une hairesis. L'Antiquité ne donne pas de valeur négative à ces termes. C'est uniquement par la suite que l'association de ces doctrines au pouvoir politique (avec Constantin Ier) va faire apparaître la notion d'orthodoxie. La religion ne serait-elle que la secte du roi ? C'est ce qu'affirment certains auteurs.
Il faut noter que dans d'autres cultures que la française, les connotations du mot 'secte' sont beaucoup moins négatives; le mot 'sect' en anglais, par exemple, est plutôt neutre. Il est également à noter que, en dehors de la France et la Belgique, le désir de catégoriser tout ce qui est hors-commun comme 'secte' est beaucoup moins en évidence.
Et vous: avez-vous eu aussi une visite de ces mouvements religieux? N'ayez pas peur, dites-le.
Comment les éviter?
Voici quelques critères :
- manipulation mentale des adeptes ;
- centralisation du pouvoir aux mains d'une personne avec autorité charismatique, par exemple un gourou, ou d'un collège restreint de dirigeants ;
- organisation pyramidale ;
- extorsion de fonds ;
- doctrine se présentant comme exclusive.
En outre, certains y ajoutent d'autres critères, peut-être moins répandus :
- contrôle du milieu : tentative de contrôle des sources d'information et des interactions sociales externes des membres, encouragements à arrêter les relations avec toute personne externe ;
- contrôle mutuel des adeptes;
- infaillibilité et doctrine sacrée : présentation des idées du groupement comme l'unique vérité et le seul accès au salut, dissuasion de toute réflexion critique sur la doctrine ;
- mysticisme dévoyé : rapprochements entre des événements et des causes surnaturelles ;
- pureté : référence à un idéal inatteignable qui réglemente les actes des membres en les amenant à toujours plus d'effort ;
- autoritarisme : pouvoir fort du gourou et culte de la personnalité ;
- doctrine secrète (ésotérisme) : enseignements secrets dont la divulgation au monde extérieur est strictement interdite ;
- élitisme : mise en valeur des membres comme supérieurs ;
- brimades et/ou confession forcée en cas de violation des règles établies ;
- bannissement : interdiction de tout contact avec des anciens adeptes ;
- obligation dogmatique pour les adeptes, de maltraiter leurs propres enfants (sévices sexuels, châtiments corporels, etc.), ou de leur imposer certains enseignements et interdits préjudiciables à leur intégration sociale (diabolisation de la société ; interdiction de participer à des fêtes, dites païennes, qui constituent la vie sociale normale des autres enfants, etc.)
- abus sexuels;
- prosélytisme abusif.
Cette difficulté a conduit le gouvernement français à faire cette mise au point lors de Conférence annuelle sur les Droits de l'homme :
« La liste des mouvements sectaires comprise dans un rapport parlementaire français de 1995 […] est un document de travail parlementaire. En d'autres termes, elle n'a aucune valeur juridique […]. Certaines autorités locales ont pu toutefois faire référence à cette liste pour prendre des mesures administratives - toutes annulées par les tribunaux. Le gouvernement français s'emploie à sensibiliser les rouages de l'administration afin que la liste des mouvements sectaires soit reconnue pour ce qu'elle est : un document de travail parlementaire qui ne peut servir de fondement à une mesure. » (12 septembre 2002, Conférence annuelle sur les Droits de l'homme de l'OSCE à Varsovie, pendant la Session de travail numéro 7, concernant les Libertés fondamentales : Liberté de pensée, de conscience, de religion et de croyance).
Deux thèses s'affrontent face au problème des sectes:
Sectes ou nouveaux mouvement religieux ?
Il est indéniable que ce qu'il est convenu d'appeler les sectes pose un épineux problème d'ordre public. En France, où les relations entre l'État, la société civile et les cultes sont historiquement très différentes de celles qui prévalent aux États-Unis, de nombreuses associations ont voulu considérer les sectes ou assimilées telles non comme des cultes, mais comme un nouveau danger, tant pour les personnes que pour la société. Elles entendent s'y opposer par l'information constante du grand public sur les méthodes de recrutement de certains groupements, par le renforcement ou la création de dispositifs législatifs spécifiques (introduction de la notion de "sujétion psychologique" dans le droit positif) et en agissant, le cas échéant, en justice (constitution de partie-civiles -Article 2-17 du code de procédure pénale). Selon ces associations, la protection des individus passe avant la liberté absolue de culte telle qu'elle est entendue par la jurisprudence américaine, conformément à la convention Européenne des Droits de l’Homme[1], qui stipule que la liberté de culte consacrée par l'article 9 n'est pas totale en Europe, les articles 8 et 9 précisent in fine que les "droits et libertés d'autrui" doivent être protégés (interdiction de l'abus de droit : Article 17). Leur point de vue est qu' « une secte est un groupe totalitaire qui se sépare de la société et s'y oppose »[2]. Elles redoutent que la nécessité ou l'obligation d'adhérer sans réserve à certains rites, certaines doctrines ou certains modes de vie se résume en simple manipulation mentale, à but très prosaïquement lucratif, avec des effets parfois redoutables sur la santé psychique, voire physique des adeptes. C'est en ce sens que le législateur français a voulu protéger les individus contre eux-même et contre ceux qui utiliseraient un état de faiblesse pour obtenir des libéralités, des donations, du travail non rémunéré voire des faveurs de nature sexuelle. Une nouvelle catégorie d'atteinte aux personnes est définie par la Loi du 12 juin 2000 modifiant l'Article 223-15 2 du Code pénal.
Les associations s'inquiètent également de la propagation, par les sectes, de quelque nouvelle forme de totalitarisme, au motif que ceux qui croient ou prétendent détenir la vérité ne renonceront à aucun moyen pour l'imposer. Il est incontestable à cet égard que certains groupements religieux ou para-religieux se sont dotés de puissants moyens financiers. On peut ainsi légitimement s'inquiéter de ce que ces fonds aient pu être en partie obtenus en faisant pression sur les adeptes, et dotent ces organisation de moyens considérables. Certains groupements ne se priveraient pas d'infiltrer les centres du pouvoir économique, politique et judiciaire.
Certains [réf. nécessaire], allant plus loin, estiment que de nos jours, la sécurité mondiale elle-même est affectée, comme au temps des guerres de religion, et que le combat entre sectes et religions comprenant des groupes sectaires, a atteint le niveau planétaire. Ils allèguent que le gouvernement américain s'est permis plusieurs fois d'intervenir dans les affaires de pays européens qui se défendent juridiquement contre l'emprise des sectes, alors que celles-ci bénéficient aux États-Unis d'un cadre législatif beaucoup plus favorable.
Enfin, les associations anti-sectes font valoir que certains scientifiques et sociologues ont parfois sciemment minimisé la dangerosité de sectes telles que l'Église de Scientologie, la Famille (ex-Enfants de Dieu), l'Église de l'unification (Moon), Aum vérité suprême au moyen d'études complaisantes dont il a été démontré pour certaines d'entre elles qu'elles avaient été financées par les mouvements qu'elles prétendaient étudier. Aussi dénoncent-elles leur manque d'objectivité et présentent ces sociologues comme autant d'apologistes de la cause sectaire.
Défenseurs des sectes ?
A l'opposé de l'option répressive et préventive qui a guidé la plume du législateur français, les tenants d'une vision que l'on pourrait appeler nord-américaine ou anglo-saxonne de la liberté de conscience, négligent ou minimisent les aspects considérés comme dangereux par leurs opposants et dénoncent quelques dérapages ayant fait de certaines sectes la victime de persécutions. Ils décrivent les campagnes menées par leurs adversaires comme des « chasses aux sorcières », une inquisition "laïcarde" contre la spiritualité, voire contre la liberté de penser. L'activisme anti-sectes dont font preuve certaines officines ne serait que la rationalisation d'une intolérance antireligieuse très traditionnelle, qui cherche à frapper l'opinion publique, par exemple en utilisant les témoignages d'ex-membres repentis.
Et l'on peut en effet objecter que certains des critères retenus pour définir un mouvement sectaire (manipulation mentale, centralisation du pouvoir, etc.) sont forts vagues, qu'ils s'appliquent à la quasi totalité des groupes organisés, y compris les religions les mieux établies ainsi qu'à des groupes autre que religieux : entreprises, clubs sportifs, etc. Dès lors la dénomination de secte est arbitraire et source de contentieux.
Selon eux, les attaques des anti-sectes reposent sur la mise à l'index des mouvements pris pour cible. Ils estiment que des campagnes diffamatoires sont souvent entreprises sans grand souci de la vérité. Une de leurs cibles est l'UNADFI, relayant d'après eux des erreurs gravissimes sur les sectes, en particulier sur la pédophilie, leurs témoignages étant jugés truqués.
Récemment les tribunaux ont eu à se prononcer sur un tel contentieux : une plainte avait été déposée contre le président de la commission d'enquête parlementaire sur les sectes, le député PS [Parti socialiste] Jacques Guyard, devant la XVIIème chambre correctionnelle du tribunal grande instance de Paris, en mars 2000. Le journal Le Monde rapporte (jeudi 23 mars 2000) que "Les travaux de la commission d'enquête parlementaire ne constitueraient pas une « enquête sérieuse »", que "la XVIIème chambre correctionnelle du tribunal grande instance de Paris a estimé que M. Guyard n'était « pas en mesure de justifier d'une enquête sérieuse » à l'appui de ses accusations", que M. Guyard "a maintes fois fait référence au caractère « secret » du travail de la commission parlementaire", et que "le caractère contradictoire des investigations diligentées s'est résumé exclusivement à l'envoi d'un questionnaire à une soixantaine de mouvements considérés comme sectaires". En outre, " les juges ont estimé que le préjudice des parties civiles était « important (…) dès lors que les propos diffamatoires avaient été tenus par un député, président de la commission, dont l'autorité et la compétence n'ont pu être mises en doute par le public »". Cependant, M. Guyard a ensuite été relaxé par la Cour d'appel de Paris en septembre 2001, celle-ci relevant que, contrairement à ce qui avait été jugé en première instance, le sérieux de l'enquête ne pouvait être mis en doute puisque "la commission d'enquête a recueilli pendant six mois témoignages et documents sur le mouvement sectaire".
En raison du caractère extrêmement péjoratif qui s'attache désormais au mot secte, les défenseurs desdites sectes ainsi que les organisations concernées (fédérées pour certaines), lui préfèrent l'appellation, selon eux plus neutre et respectueuse, de « nouveau mouvement religieux ».
Donc, le seul conseil que je donne est: méfiez -vous de personnes qui essayent de vous manipuler!